Traversée du Vercors en trail : trois jours en autonomie entre falaises et hauts plateaux

De Villard-de-Lans à Châtillon-en-Diois.

Environ 70 km, 3 000 m de dénivelé positif.

3 jours, 2 nuits : une en cabane non gardée, l’autre en bivouac.

Qu’est-ce qui pousse Johann, Aurore et Célian à se lancer dans une traversée du Vercors en trail, avec tout le nécessaire sur le dos ? L’envie de découvrir un massif sauvage, bien sûr, mais aussi celle de tester une autre manière de courir : plus lente, plus autonome et plus attentive à ce qui l’entoure. De Villard-de-Lans à Châtillon-en-Diois, ils racontent trois jours de trail en autonomie entre orage, hauts plateaux, sommets calcaires et gestion millimétrée de l’eau.

Voici leur récit.

Une forteresse naturelle

Il y a des massifs qui évoquent instantanément des images. Le Vercors en fait partie.

Dressée au sud de Grenoble, cette forteresse de calcaire impose d’emblée son caractère sauvage : des falaises abruptes, des forêts profondes, de vastes plateaux et des kilomètres de sentiers loin des routes et des villages.

C’est précisément ce terrain brut que Johann, Aurore et Célian sont venus découvrir au début du mois de juin. Leur idée : suivre le GR91 à travers le Vercors pour relier Villard-de-Lans, en Isère, aux ruelles ensoleillées de Châtillon-en-Diois, dans la Drôme.

Trois jours d’itinérance trail en autonomie complète. Environ 70 kilomètres et 3 000 mètres de dénivelé positif au cœur du Parc naturel régional du Vercors. Une nuit en cabane non gardée, une seconde en bivouac dans le Vercors, et une météo suffisamment changeante pour mettre les corps, les têtes et le matériel à l’épreuve.

Le GR91 servira de fil rouge. Pour le reste, il faudra s’adapter.

[Jour 1] L’orage comme entrée en matière

Villard-de-Lans → cabane de Carrette
Environ 20 km · 900 m D+ · 550 m D-

Itinéraire : Villard-de-Lans → GR91 → vallon de la Fauge → Corrençon-en-Vercors → entrée dans la Réserve naturelle → cabane de Carrette
Points d’eau : Villard-de-Lans, Corrençon-en-Vercors et fontaine de Carrette, au débit aléatoire
Nuit : cabane non gardée de Carrette
À retenir : Corrençon-en-Vercors est la dernière possibilité de ravitaillement en nourriture avant l’entrée sur les Hauts-Plateaux.

Au départ de Villard-de-Lans, les jambes sont légères et l’envie est là. Les Running Bag 555 contiennent tout le nécessaire pour trois jours d’itinérance : vêtements, nourriture, matériel de bivouac et réserves d’eau. Il n’y a plus qu’à partir.

Après un échauffement tranquille dans les rues de la plus grande commune du Vercors, accessible en bus en seulement 45 minutes depuis la gare de Grenoble, le trio rejoint le GR91 en direction du vallon de la Fauge et de Corrençon-en-Vercors.

Mais en montagne, les plans s’effacent parfois aussi vite que le ciel se couvre.

Un violent orage éclate dès les premiers kilomètres. Pour limiter l’exposition, le groupe reste sur les sentiers forestiers et sort les protections de pluie : veste imperméable Blackshell et Rainshell Pant. Les couches gardent les corps au sec, mais l’orage redouble d’intensité.

Moins de cinq kilomètres après le départ, la cabane de Roybon offre un refuge providentiel. À l’intérieur, plusieurs randonneurs attendent déjà une accalmie. On échange quelques mots, on se réchauffe et on fait sécher ce qui peut l’être.

Puis les nuages s’éloignent enfin.

Le trio reprend sa route, traverse Corrençon-en-Vercors : dernier passage à proximité des commerces avant les Hauts-Plateaux, puis croise la borne du 45e parallèle. Elle indique qu’ils se trouvent à la même latitude que la réserve de biosphère du delta du Danube et le parc national de Yellowstone. À partir d’ici, la civilisation s’efface peu à peu.

Après 19 kilomètres et 900 mètres de dénivelé positif, la cabane de Carrette apparaît. Personne à l’intérieur. Un poêle fonctionnel, du bois, une table et un plancher à l’étage où installer les matelas : le confort est sommaire, mais après une journée commencée sous l’orage, l’endroit ressemble à un petit luxe.

Plusieurs sources figurent sur la carte IGN aux alentours signalées par un point bleu et un nom en bleu italique. Dans le Vercors, pourtant, une source indiquée n’est jamais une promesse, surtout en été. La gestion de l’eau sera l’un des fils rouges du voyage. Les cabanes non gardées, elles, sont représentées par un contour rose, tandis que les refuges apparaissent sous la forme d’une cabane rose pleine.

[Jour 2] La grande traversée des Hauts-Plateaux

Cabane de Carrette → Pas de l’Aiguille
Environ 30 km · 1 300 m D+ · 1 100 m D-

Itinéraire : cabane de Carrette → plaine de Darbounouse → Jasse du Play → plaine de la Chau → Pas de la Ville → Grand Veymont → Pas des Bachassons → Pas de l’Aiguille
Points d’eau : fontaine du Play, fontaine de la Chau, fontaine des Bachassons et source de Chevalière
Nuit : bivouac au Pas de l’Aiguille
À retenir : l’orientation peut devenir difficile sur le plateau en cas de brouillard. Carte, boussole et trace GPX sont nécessaires.

Au réveil, le ciel est parfaitement dégagé. Après l’orage de la veille, la journée s’annonce lumineuse et longue.

Le trio s’équipe léger, avec le Short 522 et le T-shirt 230, puis quitte la cabane pour entrer au cœur de la Réserve naturelle nationale des Hauts-Plateaux du Vercors, la plus vaste réserve naturelle terrestre de France métropolitaine.

Ici, la déconnexion n’est pas une formule. Il n’y a ni route, ni village, et souvent aucun réseau. Seulement l’immensité du plateau, les alpages couverts de fleurs, les sous-bois et la faune sauvage. Des marmottes apparaissent au bord du sentier. Plus loin, des bouquetins évoluent avec une facilité déconcertante sur ce relief minéral.

Pendant 16 kilomètres et environ 500 mètres de dénivelé positif, le terrain reste souvent roulant. Le groupe progresse vers le sud et profite de la fontaine de la Chau pour refaire le plein d’eau.

Le GR91 continue tout droit. Mais sur la gauche se dresse le Grand Veymont, point culminant du massif à 2 341 mètres. Difficile de passer si près sans tenter le détour.

Depuis le Pas de la Ville, l’itinéraire se redresse brusquement : environ trois kilomètres et 600 mètres de dénivelé positif sur un terrain plus minéral, parfois technique. Au sommet, l’effort est récompensé par une vue à 360 degrés. Les Écrins, le Dévoluy, la Chartreuse et jusqu’au Ventoux se dessinent à l’horizon.

Une vraie claque.

Depuis la crête, le trio aperçoit même l’endroit où il passera la nuit. Il reste encore neuf kilomètres, une descente technique et le passage près d’une ancienne carrière romaine avant de rejoindre le Pas de l’Aiguille.

Le lieu porte aussi la mémoire du massif. La nécropole nationale rappelle les combats de juillet 1944 et rend hommage aux maquisards tombés lors de la bataille des Pas.

À proximité, une cabane, plusieurs sources et surtout une vue spectaculaire sur le mont Aiguille. Sa première ascension, en 1492, est souvent considérée comme l’un des actes fondateurs de l’alpinisme.

Le bivouac est installé avec discrétion, dans le respect des lieux. Les tentes Samaya, transportées depuis deux jours dans les Running Bag 555, prennent place face au sommet. Pas de feu. Lorsque la fraîcheur tombe, chacun enfile la ThermalShell et le FKT Pant avant de préparer le dîner, après une journée de 30 kilomètres et 1 300 mètres de dénivelé positif.

Au menu : des plats lyophilisés, salés et caloriques, et un coucher de soleil que personne n’est près d’oublier.

[Jour 3] Basculer vers le sud

Pas de l’Aiguille → Châtillon-en-Diois
Environ 22 km · 500 m D+ · 1 500 m D−

Itinéraire : Pas de l’Aiguille → Jas Neuf → GR91 → montagne du Glandasse → cabane de Châtillon → Châtillon-en-Diois
Point d’eau : source de Chevalière, au départ
À retenir : une très longue descente mène jusqu’à la vallée du Diois.

La nuit est courte. Au réveil, l’altitude et l’humidité font descendre la température ressentie près de zéro. Les couches chaudes restent sur le dos et les Storm Gloves protègent les mains engourdies.

Les premiers kilomètres sont difficiles. La fatigue des deux jours précédents se fait sentir et le vent balaie les plateaux. Pour retrouver le GR91, il faut franchir plusieurs zones de lapiaz, ces formations calcaires creusées de fissures qui obligent à surveiller chaque appui.

Peu à peu, les sentiers redeviennent plus roulants et les paysages s’ouvrent. Après environ sept kilomètres et les derniers 500 mètres de montée du voyage, le groupe atteint le plateau sommital de la montagne du Glandasse, à l’extrémité sud du Vercors.

Quelque chose change.

La végétation se transforme, la lumière aussi. Le sud commence à se faire sentir, même si le vent impose de conserver la NanoShell par-dessus le Shirt 235 presque toute la journée.

Au quinzième kilomètre, Châtillon-en-Diois apparaît enfin en contrebas. Le village marque la fin du voyage, mais il reste encore sept kilomètres et près de 1 200 mètres de descente. Les quadriceps sont entamés ; il faut puiser dans ce qu’il reste d’énergie et de concentration.

Puis les sentiers laissent place aux premières rues du village.

La traversée se termine à la terrasse d’un café, autour d’un débriefing improvisé. On reparle de l’orage, des cabanes, des bouquetins, du Grand Veymont et du bivouac face au mont Aiguille.

Et, déjà, de la prochaine traversée.

Courir autrement

Cette traversée du Vercors en trail n’était ni une course ni une tentative de record. Le rythme n’était pas dicté par un chronomètre, mais par le terrain, la météo, les réserves d’eau et l’envie de s’arrêter pour regarder.

Pendant trois jours, courir est devenu une manière de voyager. Une façon de relier deux territoires, de passer des forêts du nord aux reliefs plus méridionaux du Diois, et de mesurer tout ce que l’autonomie implique : porter, anticiper, renoncer parfois et s’adapter toujours.

Dans le Vercors, le sentiment de liberté est immense. Il va de pair avec une responsabilité tout aussi grande : respecter un milieu fragile, préparer chaque étape et laisser le moins de traces possible de son passage.

C’est peut-être cela que Johann, Aurore et Célian retiennent le plus : la simplicité de trois jours dehors, tout ce dont ils avaient besoin sur le dos, et la sensation d’avoir traversé bien plus qu’un massif.

Préparer la traversée

Informations générales

  • Distance totale : environ 70 km
  • Dénivelé positif : environ 3 000 m D+
  • Format : 3 jours et 2 nuits : une en cabane non gardée, une en bivouac
  • Technicité : 3/5 : terrain calcaire, lapiaz, orientation parfois exigeante et variantes plus techniques vers les sommets
  • Engagement : 4/5 : autonomie complète et gestion rigoureuse de l’eau
  • Saison conseillée : de juin à octobre, selon l’enneigement et les conditions météorologiques
  • Trace principale : GR91, avec une variante par le Grand Veymont

L’eau, point clé de l’itinérance

Le Vercors est un massif calcaire karstique : l’eau de pluie s’infiltre rapidement dans le sol et il n’existe aucun cours d’eau permanent sur les Hauts-Plateaux. Une source mentionnée sur une carte peut avoir un débit faible, voire être sèche.

  • Prévoir une capacité de 2,5 à 3 litres par personne au départ de chaque étape.
  • Emporter un filtre à eau ou des pastilles de purification, les points d’eau étant aussi fréquentés par les troupeaux et la faune sauvage.
  • Vérifier l’état des sources avant le départ sur Info Sources Vercors.
  • Remplir ses réserves dès qu’une source coule, même s’il reste encore de l’eau.

Bivouaquer dans la réserve

Dans la Réserve naturelle des Hauts-Plateaux du Vercors :

  • le bivouac est autorisé uniquement de 17 h à 9 h ;
  • les feux sont interdits ;
  • tous les déchets doivent être emportés, y compris le papier hygiénique ;
  • les chiens sont interdits, même tenus en laisse.

La réglementation et les conditions pouvant évoluer, elles doivent être vérifiées auprès du Parc avant le départ.

Checklist pour trois jours en autonomie

Portage et équipement trail

  • Running Bag 555
  • Bâtons de trail
  • Montre GPS avec trace chargée et batterie externe
  • Carte, boussole ou solution de navigation de secours
  • Couverture de survie, sifflet et trousse de premiers secours avec nécessaire pour le strapping, les tiques et les ampoules

Vêtements

Hydratation et alimentation

  • Capacité d’eau de 2,5 à 3 litres
  • Filtre à eau ou pastilles de purification
  • Repas lyophilisés, gels, barres et encas énergétiques

Bivouac et nuit

  • Sac de couchage avec une température de confort adaptée aux conditions
  • Tapis de sol ultraléger
  • Tente légère Samaya
  • Lampe frontale
  • Réchaud compact

Crédits photos : Julien Raison